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dernière mise à jour le 13 janvier 2018

 

 
auteur : Claude GOT

Quel espoir après 4 ans d'insécurité routière ?

J'ai décrit au cours des derniers mois :

1/ Le mécanisme du désastre actuel.
2/
Les bases de l'accidentologie politique
3/ L'analyse des propos tenus par le candidat Emmanuel Macron
.

J'ai produit Un avis personnel sur les mesures envisageables si l'on souhaite réduire ce qui demeure la première cause de mortalité chez les jeunes adultes et la première cause de mortalité au travail.

Un texte publié par le Journal du Dimanche le 3 décembre a résumé les communautés d'intérêt entre la réduction de la mortalité sur les routes et la réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Il convient maintenant de commenter les décisions gouvernementales adoptées au cours du Comité Interministériel de la Sécurité Routière qui s'est tenu le 9 janvier. L'abaissement à 80 km/h de la vitesse maximale sur le réseau non autoroutier hors agglomération marque la fin de la passivité des pouvoirs publics au cours des dernières années.

Au dela des détails techniques, le projet qui a été défini exprime une rupture comparable à celles que nous avons connues en 1973 et en 2002. Comme à ces deux moments clés de la politique de sécurité routière, le rôle dominant de la vitesse dans l'accidentalité est reconnu. Il n'y a que deux facteurs intervenant constamment dans la production de l'accident et de ses conséquences, il s'agit du trafic et de la vitesse.

Quatre textes analyseront ce moment important de la politique de sécurité routière, ils concerneront :

  • le contenu du dossier de presse,

  • les commentaires lus ou entendus sur les décisions annoncées,

  • les conditions de la réussite d'un projet ambitieux.

  • l'interprétation politique et sociale des positions favorables et défavorables aux décisions du 9 janvier 2018.

Ce dernier point a un intérêt évident. Les prises de position s'opposant à des décisions de sécurité routière, tracent toujours la frontière séparant la volonté d'assumer au niveau de l'Etat une part importante des mesures assurant la sécurité, de la priorité accordée à l'individu libre et responsable, qui tue et assume sa faute devant des tribunaux.

Cette frontière ne se situe pas au centre. Elle a toujours été déportée vers la droite de la droite. Quand le permis à points a été affaibli par une initiative parlementaire, c'est la droite populaire qui a fait plier Nicolas Sarkozy fin septembre 2010. Le Front National s'est constamment opposé aux mesures de sécurité routière au cours des trente dernières années, avec la contradiction permanente associant une revendication de plus de sécurité et de l'affaiblissement du dispositif de contrôle et de sanction dont l'objectif est de réduire l'insécurité. L'expression radars-pompes à fric est devenu le marqueur de ce clivage, comme si le budget de l'Etat n'était pas celui de l'ensemble de notre société démocratique. Les vieilles racines du trop d'impôts à l'origne du poujadisme et du mouvement de Jean-Marie le Pen sont toujours là. Il n'est pas surprenant de voir un avatar de cette tendance prenant la forme d'Eric Zemmour osant l'expression de "si dangereuse décision de limitation de la vitesse sur les routes", la "main sur le radar" ne pouvant être qu'une "main sur le tiroir caisse".

Finalement l'excès de mensonges et de manipulation des faits a atteint un niveau de déni qui a dévalorisé les propos des opposants à l'abaissement de la vitesse maximale et favorisé l'acceptation de la mesure.