janvier 2004

janvier 2004

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Un bilan enthousiasmant mais une nécessaire adaptation du système

Les résultats de la politique de sécurité routière conduite en 2003 sont enthousiasmants. Le seul voeu que l'on puisse faire au début de 2004 est de les voir non seulement se maintenir mais s'améliorer encore au cours de l'année qui commence. J'ai exprimé dans l'éditorial de novembre dernier mes motifs d'inquiétude, notamment l'insuffisance des procédures d'évaluation des actions de terrain qui permettraient d'avoir un véritable pilotage de la politique conduite, l'insuffisance de moyens en personnel et en matériel pour faire le travail au quotidien, spécialement dans les unités de gendarmerie et de police entièrement dédiées à la sécurité routière encore très insuffisamment développées et dotées.

2004 peut être l'année de la consolidation de la remise en question d'un usage déviant de l'automobile installé progressivement pendant plusieurs décennies. Il était étroitement lié à une tolérance de plus en plus grande dans un domaine précis de la réglementation de la circulation concernant les limitations de vitesse. L'usage des radars automatiques constituera une aide précieuse pour favoriser ce retour à la loi indispensable pour obtenir une circulation apaisée et plus sure. Là encore l'évaluation et l'adaptation conditionneront le succès qui sera étroitement lié à l'acceptation sociale de la mesure, donc à l'assurance de la qualité et de l'équité qui ne procédera que de l'évaluation.

L'automobile doit rester un instrument de liberté et non de combat absurde pour gagner quelques  minutes qui seront perdues au bouchon suivant. Il faudra donc l'adapter aux règles et cesser d'accepter que l'on produise et qu'on laisse mettre en circulation des véhicules conçus pour les transgresser, inutilement rapides, inutilement lourds donc dangereux pour les usagers utilisant des véhicules plus légers, inutilement polluants car le poids et la puissance inutiles contribuent à l'effet de serre sans le moindre service rendu. 2004 sera l'année des premiers recours judiciaires pour faire respecter la loi qui indique que "Les véhicules doivent être construits, commercialisés, exploités, utilisés, entretenus et, le cas échéant, réparés de façon à assurer la sécurité de tous les usagers de la route". La limitation de vitesse à la construction a été conseillée par le groupe d'experts qui a rédigé en 1988 le livre blanc sur la sécurité routière, c'était il y a 18 ans ! Je soutiens depuis plusieurs années que l'absence de contrôle de l'Etat sur des risques identifiés et inutiles engage sa responsabilité. Les responsables de la politique actuelle de sécurité routière ont annoncé leur adhésion à ce concept indispensable de sécurité par l'outil, et non uniquement par le volontarisme de l'usager. Il est temps de passer à l'acte. Je contribuerai à cette action en 2004. Il est incohérent de faire de traquer la pulvérisation des légionelles dans l'air par les tours réfrigérantes, les listérias dans les fromages et la charcuterie, ou les prions dans la viande, et de laisser commercialiser un 4x4  qui a quatre fois plus de chances de se retourner qu'un véhicule "classique", une puissance capable d'assurer la vitesse maximale autorisée de 4 véhicules conçus pour respecter les limitations de vitesse, et une consommation en ville qui sera au moins le double de ce que l'on sait faire avec une voiture "raisonnable"". Quand un accident mortel implique un de ces monstres et une voiture "ordinaire", c'est le plus souvent dans cette dernière que l'on trouvera le mort.

J'adresse mes meilleurs voeux et mon sentiment de reconnaissance à tous ceux qui contribuent à assurer la vie en paix sur les routes. Ils m'ont permis d'assister à une forme de révolution dans les esprits équivalente à celle qui s'est produite en 1973, quand la courbe de mortalité par accident s'est dissociée de la courbe de la circulation. Je ne croyais pas possible d'observer à nouveau un changement aussi brutal et aussi important. Mon engagement dans la lutte contre l'insécurité routière s'en trouve renforcé. Nous avons la preuve qu'une politique active peut être efficace à court terme, il serait donc inacceptable de ne pas la développer pour améliorer encore les résultats.