janvier 2003

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L'année de tous les espoirs

Depuis trente ans, aucun gouvernement n'avait soulevé autant d'espoir dans le domaine de la sécurité routière. Personne ne peut cependant affirmer que les annonces faites depuis six mois seront suivies d'un effet prolongé sur la mortalité. La motivation de la nouvelle équipe au pouvoir, dont la sincérité et l'humanité me semblent évidentes arrive au moment critique qui est celui du passage à l'acte. Le Conseil des ministres va examiner en février la loi préparée par le Ministre de la Justice, et le Parlement va l'étudier au cours du premier semestre. Elle va conditionner la restauration de l'efficacité de notre système de contrôle et de sanctions en conjuguant ses effets avec les mesures prises pour faire cesser les interventions destinées à faire "sauter"  les contraventions, c'est à dire le trafic d'influence. C'est dans le courant de cette année que nous allons savoir si l'amélioration déjà produite par les mesures annoncées et la détermination manifestée sera accentuée par une efficacité sur le terrain.

L'inquiétude que l'on peut avoir concerne les méthodes et les moyens qui seront mis en oeuvre pour atteindre ces objectifs. Le succès ou l'échec, les deux pouvant se situer à des niveaux très variables, vont dépendre de la qualité de la gestion de ces réformes, et en partie des moyens qui seront affectés au programme gouvernemental. Il est impossible de développer équitablement et efficacement le système automatisé de contrôle sans avoir :

Il faudra une coordination sans faille des différents acteurs, et je persiste à croire qu'elle ne peut être assurée que par une structure interministérielle se situant auprès du Premier Ministre, assistée de trois directions ou sous directions, à l'équipement, à l'intérieur et à la justice.

Les délais seront longs pour que le système soit opérationnel, il suffit de prendre en considération le niveau d'équipement mis en place aux Pays Bas dont la population est quatre fois plus faible que la nôtre, et la densité de population plus élevée, pour mesurer le nombre d'années que nous mettrons pour atteindre une dissuasion comparable. Ces délais rendent d'autant plus nécessaire la mise en oeuvre dès cette année du contrôle de la vitesse sur les autoroutes par les tickets de péage. C'est  la seule mesure capable de pacifier l'ensemble du réseau autoroutier. Ce réseau a beau être moins dangereux au kilomètre parcouru, il est une école de la vitesse excessive, les tolérances actuelles en matière de vitesse sur ce réseau incitant à ne pas respecter les règles. Cette dérive justifie la production et l'achat de véhicules inutilement rapides, qui perdraient une grande partie de leur intérêt si les limites de vitesse étaient respectées sur les autoroutes. Comme en 1988 au moment où cette proposition avait été faite (et rejetée), cette mesure facile, peu coûteuse, assurant une surveillance exhaustive du réseau soumis au péage, va constituer un test de la volonté d'agir du Gouvernement. Soit il la met en oeuvre rapidement, et il montre qu'il ne limite pas son action aux effets d'annonce, soit il se révèle incapable de le faire et il prouve qu'il est encore soumis au lobby de la vitesse inutile et dangereuse. L'expérimentation annoncée est possible, elle a déjà été faite et ses résultats sont connus. Il n'y aura pas de difficulté à en refaire une nouvelle pour vérifier ce que la précédente avait indiqué, mais le problème n'est pas là, il faut rapidement établir une législation et une réglementation qui mette en oeuvre la mesure et permette de sanctionner en se fondant sur la mesure d'une vitesse moyenne.

Je souhaite à tous les usagers de la route que 2003 soit l'année de la pacification de la circulation, pour que chacun d'entre nous puisse bénéficier de la liberté de se déplacer avec l'instrument de son choix, sans polluer inutilement, et sans faire courir de risques inutiles aux autres usagers. Pour que ce souhait devienne une réalité il faut que l'application du code de la route soit effectif, et que les véhicules et l'infrastructure répondent aux exigences de la réduction des risques.