intérêt des thésaurus

Quel Thésaurus pour le site Sécurité-routiere.org ?

Pourquoi cette proposition ?

Les livres scientifiques utilisant un grand nombre d'éléments associent souvent deux formes d'accès aux données.

·         Au début du livre et dans l’ordre des pages une classification présente une série de chapitres et détaille dans un ordre rationnel le contenu de chacun d’entre eux.

·          A la fin du livre un index classe dans un ordre alphabétique des mots qui permettent de localiser immédiatement un concept sans avoir à feuilleter les pages. Le terme de mot clé est souvent utilisé pour exprimer l’intérêt de ce dispositif qui va permettre de joindre immédiatement la page qui contient ce mot.

 La difficulté la plus courante est la présence d'un mot à plusieurs endroits du livre. La solution est alors d’ajouter les numéros de pages contenant ce mot. Ce procédé met en évidence l’importance des combinaisons de mots qui donnent un accès rapide et simple à une notion complexe.

Le niveau de complexité suivant est produit par le développement des « moteurs de recherche » qui permettent d'associer plus de deux mots. Le jeu consiste à identifier une notion complexe avec un nombre minimal de mots. Le dispositif doit alors optimiser son fonctionnement en réduisant le nombre de mots aux plus pertinents d'entre eux.

 Le développement de l'usage des moteurs de recherche peut faire croire à l’obsolescence des langages classificatoires  et des langages d’indexation, alors que leur combinaison permet de bénéficier de leurs avantages respectifs. L’indexation permet l’identification des termes pertinents et leur combinaison (notion de listes), la classification organise les concepts (notion d’arborescence). Il est possible d’associer leurs qualités en produisant des « listes structurées de concepts», c’est la définition du thésaurus. Les meilleurs thésaurus sont ceux qui concernent un domaine particulier exploitant des axes multiples.

L’accidentologie est une discipline d’une qualité exceptionnelle pour comprendre l’importance de la définition des concepts et des multiples combinaisons entre les axes qu’elle doit savoir associer.

Le site www.securite-routiere.org a déjà une table des matières privilégiant des axes, je vais accentuer cette procédure. Elle impose d’être exigeant sur le bon usage des mots.

Un exemple de l’importance des mots. Les phrases suivantes ont été copiées sur le site internet du ministère de l’intérieur le 14 décembre 2019 :

https://www.interieur.gouv.fr/Publications/Statistiques/Securite-routiere

« Bilan de l'accidentologie établi par l'Observatoire national interministériel de la sécurité routière : résultats chiffrés et éléments d'appréciation sur le comportement des usagers, l'action des pouvoirs publics et les comparaisons internationales. »

Le développement de l’activité de recherche dans le domaine de la sécurité routière a justifié la création des termes accidentologie et accidentologue. Ils ont été utilisés pour la première fois dans un document de l’ONSER (Organisme National de Sécurité Routière) rédigé en mai 1968. Très rapidement, accidentologie a été étendu abusivement pour désigner les faits accidentels, alors que le terme correct est accidentalité, qui est déjà présent dans le Grand Dictionnaire Universel du XIXème siècle de Larousse, avec sa définition : « qualité de ce qui est accidentel. » Personne n’aurait l’idée de confondre criminologie et criminalité. La dégradation de la langue est favorisée par la multiplication des sites internet qui intègrent des exemples fautifs, sans assurer un contrôle de qualité. Quand un ministère qui a la charge de gérer l’insécurité routière confond accidentologie et accidentalité, il ne faut pas s’étonner des défauts de qualité de sa gestion.

Second exemple à un niveau technique plus élevé, qui met en évidence l’importance du sens des mots quand on aborde un domaine technique tel que la sécurité routière. Le Sénat a exprimé constamment son opposition à l’abaissement de la vitesse maximale à 80 km/h en utilisant des arguments dépourvus de validité, dans le but évident de nuire au gouvernement, en exploitant la notion de territoires. Il a formé une commission qui a reçu de nombreux intervenants, mais très peu écouté les experts du domaine. Un des deux présidents de cette commission, Hervé Morey, par ailleurs président de la commission d’aménagement du territoire et du développement durable, a opposé la connaissance empirique à la connaissance scientifique pour justifier l’opposition à l’abaissement de la vitesse maximale à 80 km/h : « On a quand même plus le sentiment que l’on est dans une mesure empirique que dans une mesure scientifique » Opposer ces deux notions exprime une absence de formation élémentaire aux méthodes d’acquisition des connaissances.  L’empirisme est ce qui se fonde uniquement sur l'expérience, sur l'observation et ne procède d'aucun système, d'aucune loi » La connaissance épidémiologique des accidents se construit en observant des faits, il s'agit d'une méthode empirique. Il est possible par ailleurs de construire des modèles mathématiques en exploitant les données observées. Cette association établit une cohérence entre la réalité des faits et leur expression sous une forme scientifique dont l'élaboration exige des compétences complémentaires.

Troisième exemple : Comment faire comprendre la différence et l’importance des notions d’accidentalité au kilomètre de voie et d’accidentalité au kilomètre parcouru. Des responsables départementaux s’opposant à l’abaissement à 80 km/h de la vitesse maximale ont opposé au choix des experts leurs expériences locales. Ils s’estimaient capables de définir les voies ou segments de voies qui pouvaient être remontés à 90 km/h sans risque. L’ignorance de de ces décideurs a rendu indispensable de décrire avec précision les situations locales. Des connaissances établies au niveau mondial apparaissaient dépourvues de sens pour un élu du Cantal ou de l’Essonne !

Un groupe très limité de volontaires a produit dans un délai court des cartes établissant l’accidentalité par kilomètre de voie dans tous les départements. Les résultats étaient sans surprise, un faible nombre de voies départementales supportaient un grand nombre d’accidents mortels : 53% des tués dans 7% des longueurs de voies dans l'Aveyron et le Cantal, 50% des tués sur 8% des voies dans la Haute Loire. Le rôle dominant du trafic dans l’accidentalité était évident. Toutes les cartes ont été publiées par le JDD. Cela n’a pas été suffisant, il a également fallu prouver la réduction de l’importance des zones dangereuses (les points noirs) au cours des 50 dernières années. Localiser les accidents sur des cartes devenait indispensable pour prouver leur dispersion. Le résultat ne permet pas de privilégier des voies pouvant être remises à 90 km/h. Là encore le travail n’a pas été une commande des décideurs politiques et de l’administration de la sécurité routière, il été fait par des volontaires et les cartes ont été publiées par la Ligue contre la violence routière.

L’étape suivante est en cours, elle exploite la notion d'accidentalité au kilomètre parcouru. Il y a toujours deux aspects complémentaires du risque d’accident sur les routes. Celui qui concerne un être humain et celui qui concerne une collectivité d’êtres humains. Les paragraphes suivants ne sont pas rédigés à l’intention de ceux qui ne veulent pas comprendre, je connais l’inutilité de cette pratique. L’objectif est de mettre en évidence la complémentarité et non l’opposition entre deux concepts : moi et les autres.

Une station de ski identifie le niveau de risque de ses pistes par une couleur. Celui qui s’engage sur une piste noire sait qu’il va être confronté à un ensemble de difficultés. Une autoroute est l’équivalent d’une piste verte. La séparation des sens de circulation, l’absence de croisements et des bordures protectrices divise par 3 à 5 le risque d’accident mortel observé sur une voie bidirectionnelle avec des carrefours et des obstacles verticaux. Les limitations de vitesse sont des indications comparables aux couleurs des pistes de skis. Les voies qui ne séparent pas les sens de circulation n’exposent pas au mêmes risques d’accidents quand on parcourt un nombre donné de kilomètres. Pour obtenir un résultat précis, il est indispensable d'identifier le nombre d’accidents observé pendant une période longue, en fonction des kilomètres parcourus. Il est important de constater que les responsables départementaux qui veulent remonter à 90 km/h la vitesse maximale sur certaines voies n’ont pas produit les valeurs de risque au kilomètre parcouru au niveau des voies de leur département. Cette attitude exprime leur incompétence ou leur volonté de ne pas faire apparaître des preuves allant à l'opposé de leurs affirmations.

Une autre méthode est complémentaire de la mesure du nombre d’accidents au kilomètre parcouru. Elle consiste à rechercher les facteurs de risque au niveau des chaussées (dénivelées limitant la visibilité, intersections, virages…) et au niveau des accotements (arbres, pylônes, buses, fossés mal conçus, bordures, sorties de maisons et de terrains agricoles, …). Des procédures d’observation ont été définies, elles sont insuffisamment exploitées en France. Il est possible de les utiliser pour adapter les vitesses maximales à l’approche d’une intersection ou d’une courbe dangereuse, mais leur exploitation pour réduire les risques au niveau des accotements justifierait un nombre insupportable de variations des vitesses. Leur usage est utile pour identifier des caractéristiques dangereuses qu’il convient de corriger, il ne l’est pas pour justifier une vitesse maximale sur une longueur de voie importante.

L’Aveyron établit des cartes du trafic précises sur les voies les plus utilisées. Les BAAC (bordereaux d’analyse des accidents corporels) permettent de connaitre le nombre d’accidents, de blessés ou de tués sur ces voies pendant une période longue (5 ou 10 ans sont des durées assurant un bon intervalle de confiance). Le résultat s’exprime sous la forme d’une accidentalité en fonction des kilomètres parcourus. En 2014 j’ai calculé ce risque sur une période de cinq ans. 3 départementales avaient une mortalité au kilomètre parcouru nettement plus élevée que celles des autres voies (D1, D926 et D992). La RN 88 avait la mortalité la plus élevée par km de voie, mais elle était dans les valeurs moyennes si l’on corrigeait cette valeur par le trafic. Ce dernier étant élevé, le nombre de tués l’était également.

La conclusion est simple, ces deux formes de description de l'accidentalité expriment des notions très différentes :

 L’accidentologie est une discipline qui a l’avantage de produire des résultats dans un délai court. Elle est cependant souvent mal interprétée par des personnes qui ont des raisonnements de bon sens, mais sans expérience de l’analyse des risques. L'objectif de la sécurité routière n'est pas d'harmoniser les risques, mais de privilégier leur réduction. Une évaluation du risque de complications graves lors d'une intervention chirurgicale délicate met en évidence des variations importantes produites par des niveaux d'expérience différents. Ce constat ne va pas modifier la volonté des meilleurs chirurgiens de réduire la fréquence des complications. La priorité étant la conservation de la vie humaine, il faudra en permanence optimiser les pratiques. La situation est identique sur les routes, perdre quelques secondes par kilomètre en réduisant sa vitesse ne justifie pas d'accroitre une vitesse maximale de circulation au prix d'une mortalité accrue.

« Un thésaurus de descripteurs est une liste structurée de concepts destinés à représenter de manière univoque le contenu des documents et des questions dans un système documentaire déterminé. L’assistance à l’utilisateur est apportée par la structure sémantique du thésaurus » (Georges Van Slype – les langages d’indexation).

Créer un thésaurus pour indexer un site internet traitant de la sécurité routière permet d’éviter une classification monohiérarchique qui fixe la place d’une feuille sur une des branches d’un arbre unique. Le thesaurus crée dans liens entre ces feuilles. La métaphore de l’arbre avec ses feuilles est remplacée par l’image de multiples tableaux à plusieurs dimensions. Quatre mots sont utiles pour concevoir un thésaurus :